États-Unis : les descendants d’esclaves bientôt indemnisés ?

États-Unis : les descendants d’esclaves bientôt indemnisés ?

Rédigé le 16/04/2021
Rédaction ZayActu à 13:55

C’est un débat qui dure depuis des décennies aux États-Unis et pourrait se conclure dans un contexte très particulier. Une commission du Congrès américain devait se prononcer mercredi sur le principe d’une compensation financière pour réparer les méfaits de l’esclavage aux États-Unis, un premier vote historique dans un pays encore marqué par les discriminations raciales. Mais la séance s’éternisait et le projet de loi sur les « réparations » n’avait pas encore été soumis au débat en fin d’après-midi.

Le texte vise à créer une commission d’experts chargés de faire des propositions sur l’indemnisation des descendants des quelque 4 millions d’Africains amenés de force aux États-Unis entre 1619 et 1865, date de l’abolition de l’esclavage. La législation, dont une première version avait été rédigée il y a près de 30 ans, est redevenue centrale depuis que la mort de plusieurs Afro-Américains lors d’interventions policières a poussé le pays à se pencher sur son passé esclavagiste et les multiples discriminations subies par la minorité noire, qui représente près de 13 % de la population.

Le soutien des républicains nécessaire

Le vote intervient alors qu’un policier blanc est jugé à Minneapolis, accusé d’avoir tué lors d’une interpellation un quadragénaire noir, George Floyd, devenu un symbole mondial des victimes de violences policières. Ce vote « historique » est destiné à « poursuivre un débat national sur la façon de combattre les mauvais traitements subis par les Afro-Américains pendant l’esclavage, la ségrégation et le racisme structurel qui reste aujourd’hui endémique dans notre société », a affirmé dans un communiqué le président de la commission judiciaire de la Chambre des représentants, Jerry Nadler. « Les réparations sont finalement une question de respect et de réconciliation », a déclaré dans le communiqué la démocrate Sheila Jackson Lee, qui soutient le texte.

Il devrait passer l’obstacle de la commission judiciaire. La chambre basse du Congrès, où les démocrates sont majoritaires, devra ensuite, pour la première fois, l’approuver en séance plénière, à une date indéterminée. Mais le sort du texte est incertain au Sénat, où les démocrates devront obtenir les voix d’au moins dix républicains pour qu’il soit finalement adopté. En 2019, Mitch McConnell, alors chef de la majorité républicaine au Sénat, s’était dit contre l’idée. « Je ne pense pas que des réparations pour une chose qui est arrivée il y a 150 ans, et dont les personnes aujourd’hui vivantes ne sont pas responsables, soit une bonne idée », avait-il expliqué.

« Inhumanité fondamentale »

En 2019, le revenu médian annuel d’un foyer noir était de 43 771 dollars, contre 71 664 dollars pour un foyer blanc, selon des statistiques officielles. Malgré les avancées de la lutte pour leurs droits civiques dans les années 1960, les Afro-Américains sont toujours moins diplômés, ont une couverture sociale moins bonne et vivent moins longtemps que les Blancs. Ils sont aussi incarcérés de manière disproportionnée par rapport au reste de la population américaine.

Le projet de loi s’attaque à « l’injustice, la cruauté, la brutalité et l’inhumanité fondamentale de l’esclavage aux États-Unis et dans les 13 colonies américaines entre 1619 et 1865 ». Un groupe de 13 experts devra ainsi faire des propositions de compensations « pour l’institution de l’esclavage et (les) discriminations raciales et économiques contre les Afro-Américains ». Ces experts doivent faire des recommandations sur la façon de calculer cette indemnisation, la forme qu’elle devra prendre et qui seront les personnes éligibles.

La question des compensations avait été évoquée par plusieurs candidats à la primaire démocrate de 2020 dans le débat plus large sur les inégalités raciales et les différences de revenus. Avant une décision au niveau fédéral, la question des réparations a déjà été abordée au niveau local.

La petite ville d’Evanston, près de Chicago, est devenue en mars la première à décider d’indemniser ses habitants noirs à hauteur de 10 millions de dollars sur les 10 prochaines années. Les habitants correspondant aux critères recevront 25 000 dollars chacun pour financer leur crédit immobilier ou la rénovation de leur logement. Et, en 2019, les étudiants de la prestigieuse université de Georgetown, à Washington, avaient approuvé symboliquement la création d’un fonds au profit des descendants d’esclaves vendus au XIXsiècle par les jésuites ayant créé l’établissement.